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Ce dossier fait partie de la constellation Design with Care

« Laver les mots » en est une composante - une brique de la culture pratique du Design with Care des territoires, proposée par l’Université populaire des futurs essayés.

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On voudrait partir d’une langue commune. On part d’une humanité de milliards de singularités (Eric Dacheux) - autant de façons de mettre autre chose dans les mêmes mots. C’est ça, l’incommunication : pas une panne à réparer, le point de départ.

Dominique Wolton le dit d’une formule : on rêve du même, on tombe sur l’Autre. Communiquer, ce n’est pas réussir à se transmettre un message intact - c’est cohabiter avec quelqu’un qui ne pense pas comme nous. L’enjeu n’est pas de supprimer l’écart, c’est de le rendre habitable.

Bernard Werber en compte au moins dix - dix raisons de ne pas se comprendre, entre ce que je pense, ce que je dis, ce que tu entends, ce que tu crois comprendre. Et sa conclusion n’est pas de renoncer : ça vaut le coup d’essayer quand même. C’est là que l’incommunication rejoint les futurs essayés - on n’attend pas de se comprendre pour agir, on essaie, et on apprend de l’essai.

Ici, l’incommunication est le sol. Laver les mots, c’est ce qu’on fait dessus : poser ce que chacun dépose, non pour effacer l’écart mais pour le travailler.

L’incommunication, c’est comme la politique : si vous ne vous en occupez pas, c’est elle qui s’occupera de vous.

Ce que ça demande

Trois mouvements, repris de Dominique Wolton :

  • découvrir l’incommunication - la lucidité de constater que ça ne marche pas d’emblée
  • négocier un terrain d’entente - sans garantie que ça se termine bien
  • cohabiter - avec l’incertitude du résultat, l’émetteur jamais tout à fait en phase avec le récepteur

Et une question de Geoffrey Volat : comment rendre l’incommunication féconde ? Deux voies, qu’on n’oppose pas :

  • La communication délibérative - poser sur la table nos présupposés, construire nos désaccords (Habermas, Dacheux, Viveret) : c’est déjà le geste de laver les mots.
  • La communication praxéologique - mettre les mains dans le cambouis, éprouver ensemble avant de s’entendre (Quéré) : c’est l’atelier en présence. Entre les deux, un travail de traduction, porté par des médiateurs.

Repères

  • Dominique Wolton, Informer n’est pas communiquer (CNRS) - vidéo
  • Bernard Werber, Encyclopédie du savoir relatif et absolu - dix raisons de ne pas se comprendre, « mais ça vaut le coup d’essayer quand même »
  • Eric Dacheux, Comprendre pourquoi on ne se comprend pas - « une humanité des milliards de singularités »
  • Alfred Sauvy, L’Opinion publique (1956) - “Bien informés, les hommes sont des citoyens ; mal informés ils deviennent des sujets.”
  • Geoffrey Volat, co-construire démocratiquement les politiques publiques
  • Douglas Rushkoff, “L’internet ne permet pas seulement de distribuer l’information à des millions de gens, il permet à des millions de gens de distribuer l’information.”

Où ça se relie

Autour : les conversations, le milieu où l’incommunication se travaille. Sur ce sol : laver les mots, le geste.


cc by-sa - Stéphane Caillaud. Matière rassemblée, à déplier.


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