Comment porter quelque chose de soi hors de soi, pour le mettre entre nous ?
Petit Sucre est un petit personnage. Il est né dans une chambre d’hôpital, dans les jours d’un arrêt au stand - une opération, l’incertitude des jours d’après. À ce moment-là, il n’existait pas encore : il n’y avait qu’un homme dans le brouillard, une phrase d’enfance qui traînait - « tu n’es pas en sucre » -, et des possibles en vrac.
Il apparaît plus tard, presque par accident. Pas vraiment décidé, pas vraiment réfléchi : dans l’incertitude, avec les moyens dont je disposais, un peu à la Roy Neary. Dans un atelier de prise de parole entre patients touchés par le cancer, il passe de l’idée à la matière - de la terre, des mains, d’autres personnes.
Et quelque chose se retourne. Le modelé, puis le redessiné, le rendent manipulable et partageable. Petit Sucre n’explique pas mon expérience : il me donne quelque chose avec quoi revenir dessus. Il devient moins un personnage qu’un procédé - une manière de porter hors de moi certaines réflexions, non pour transporter ma pensée intacte, mais pour mettre quelque chose entre nous.
C’est là qu’il relie plusieurs fils : d’où je parle, l’incommunication - ce qui se joue quand on essaie de se comprendre sans y arriver tout à fait -, et la fabrique elle-même, par quels dispositifs une expérience en vient à se partager. Petit Sucre circule entre ces trois-là plutôt que d’appartenir à un seul.
Une seule règle le tient : Petit Sucre ne sait pas d’avance ce qu’il va trouver. Il n’appartient à personne, il n’a pas de dessin fixe. Qui veut peut s’en emparer, lui faire vivre quelque chose, raconter ce qui lui arrive.
Manipuler Petit Sucre
▶ Ouvrir le zine « C’est l’histoire d’un mec » - quinze cartes à retourner : le récit au recto, l’« En vrai… » au verso.
Où ça se relie
D’où je parle · Incommunication · Comment c’est fabriqué
cc by-sa - Stéphane Caillaud. Amorce, à reprendre à ma voix. Petit Sucre porte ma matière existentielle ; ce qui est nommé de tiers ou de vivants reste à eux.
